
Découvrez le monde fascinant de la zététique, explorez les stratégies narratives qui façonnent notre compréhension de la science et de l’ignorance. Un récit captivant qui remet en question la critique scientifique et ouvre le dialogue sur les enjeux contemporains. Une lecture incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la science et à son impact sur notre société.
Source : https://lesenjeux.univ-grenoble-alpes.fr/wp-content/uploads/2022/06/2021B-05-Bodin.pdf
La zététique en France est une forme de scientisme militant qui lutte pour le contrôle de la communication publique sur les sciences. Elle prétend détenir un droit exclusif sur « la Science » et divise le monde entre « la Science » et les « pseudosciences ». Son discours valorise son propre point de vue et dévalorise les autres, créant ainsi une narration réductrice du monde social.
Henri Broch, physicien à l’Université de Nice, est à l’origine du mouvement zététique en France. Il définit la zététique comme un exercice de doute et d’esprit critique permettant de distinguer les énoncés scientifiques des énoncés pseudoscientifiques. Il publie plusieurs ouvrages sur la zététique et développe une méthode visant à démystifier les impostures liées à divers domaines.
La zététique est un mouvement initié par Henri Broch qui promeut l’esprit critique et démystifie les pseudosciences, mais qui ne respecte pas toujours les normes de publication scientifique et présente des aspects mercantiles.
Henri Broch développe la zététique avec un style littéraire expéditif, mêlant affirmations péremptoires, démonstrations superficielles et prises de position politiques. Il définit des « règles d’or » de la zététique, mais ne les applique pas toujours à ses propres écrits. La zététique adopte une conception idéalisée des sciences et ignore les réalités pratiques de la recherche scientifique. Son récit social est construit selon les catégories d’un ordre informationnel positiviste, utilisant une rhétorique de la disqualification pour discréditer les adversaires.
La zététique, en lien avec le scientisme français, réduit les mobilisations écologistes à de l’obscurantisme et de la peur de la technologie. Dans son ouvrage, Henri Broch discrédite le mouvement antinucléaire en caricaturant les positions des associations écologistes et en minimisant les dangers de la radioactivité. Il appelle à investir dans l’éducation pour contrer les intégristes religieux et politiques qu’il associe aux mouvements écologistes.
Henri Broch utilise des sources scientifiques de manière problématique dans ses ouvrages de zététique. Il présente une enquête ad hoc sans base temporelle solide pour appuyer une prétendue montée des pseudo-sciences. De plus, il réinterprète une étude sociologique de Daniel Boy et Guy Michelat pour conclure à tort que le milieu éducatif est imprégné de superstitions. Ces pratiques remettent en question la crédibilité de la zététique en tant que mouvement scientifique.
La zététique s’étend sur les réseaux socionumériques et attire de nouveaux acteurs. Cependant, elle est sujet à l’hybridation et à l’appropriation par différents groupes, tels que des militants d’extrême droite et des intérêts industriels. Certains néo-zététiciens utilisent l’anonymat pour diffuser des énoncés scientifiques sans responsabilité, tandis que les débats publics deviennent souvent disqualifiants et hostiles. Cette appropriation et ces dérives remettent en question la crédibilité de la zététique en tant que mouvement scientifique.
Le récit de la zététique substitue la construction d’une ignorance à la production de connaissances scientifiques, en rejetant les moyens scientifiques de compréhension. La vision réductrice de la critique scientifique promue par la zététique exclut les formes réflexives de la critique. Cette approche a un impact sur la compréhension des problématiques sanitaires et environnementales qui nécessitent un renforcement du dialogue entre les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales. La zététique oublie les négociations, les intérêts, les pratiques institutionnelles et sociales qui influencent les activités scientifiques. Ainsi, la zététique devient un poste frontalier ouvert à toutes sortes de contrebandes.

